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Travaux

Dimanche 14 avril 2013 7 14 /04 /Avr /2013 15:47

Combat des anges La réconciliation peut donc être acquise pour chaque homme, individuellement, et ce malgré les imperfections et fautes répétées, par le travail d’expiation et la demande constante de la grâce. Il nous paraît important – voire primordial - de noter que cette réconciliation est acquise, non seulement par le sacrifice du Christ sur la croix, mais que le rétablissement spirituel de l’être réconcilié se fait par l’action purificatrice, réparatrice et réconciliatrice du Saint Esprit. En effet, la réconciliation spirituelle totale du mineur spirituel n’est pas l’oeuvre seule de l’Eternel que l’opérant invoque, mais elle se réalise par la volonté du Père, agissant par son Fils et s’opérant par l’infusion de l’Esprit qui couronne l’homme réconcilié en lui rendant la plénitude de ses puissances et vertus spirituelles, comme il plut à l’Eternel de le faire avec le premier homme réconcilié, Adam ainsi que l’opérant le rappelle dans sa prière :

« Qu’il Te souvienne, ô Eternel, de la première réconciliation de ton premier maçon qui fut faite par Toi, par ton Esprit et par ton Fils ton ami chéri. »{1]

 

En cela nous pouvons dire que l’Esprit Saint est le consolateur de l’homme. Car l’Esprit Saint agit en l’homme pour l’affermir dans la voie de la réalisation de sa réconciliation. Pour ce faire, l’Esprit Saint vient apporter à l’homme la consolation de son éloignement, de son isolement spirituel en rétablissant en lui une certaine proximité avec son Créateur ; proximité qu’il trouve dans la contemplation des mystères divins auxquels l’Esprit Saint ouvre l’esprit de l’homme mais aussi dans la force qu’il confère à l’homme pour affermir sa volonté de rapprochement de son Créateur dans l’observance des préceptes et commandements de Notre Seigneur qui ouvrit la voie par son sacrifice glorieux, ainsi que dans l’étude des enseignements que ce même Fils divin est venu délivrer par sa parole divine.

 

Aussi, c’est bien à la Sainte et Indivisible Trinité que l’opérant s’adresse dans sa prière afin d’obtenir d’Elle, et pas seulement du Père, toute grâce et toute vertu :

« Ô Dieu mon créateur ô+10, ô Dieu mon sauveur, ô+8, ô Dieu mon conservateur ô+7, je te réclame fermement pour que nous soyons ordonnés en qualité de tes vrais élus par tes agents divins ; laisse tomber sur nous un rayon de ta Grâce ; appliques sur nous les mérites efficaces du sacrifice que t'offre sans cesse ton fils adorable (…) »[2]

 

Car c‘est bien la Trinité qui agit, lave et donne sous les auspices et par la volonté du Père, Qui pourvoit par amour au bien de sa créature en sacrifiant son Fils incarné et en envoyant son Esprit sur l’homme réconcilié par ledit sacrifice.

 

Mais, demandera-t-on, que procure au juste cette réconciliation du point de vue de l’opérant ? Quels sont ses effets ?

 

Pour répondre à ces questions, continuons notre exploration au sein des différentes invocations que propose l’Ordre :

« Ô Eternel tout puissant à qui je dois mon être spirituel et mon être corporel, ma pensée, ma volonté, mon action et ma parole ; aide-moi, par ta bonté infinie, à me convaincre fermement que je vis en Toi comme étant en Toi-même ; que je suis l’image et la ressemblance réelle de tes vertus et puissances ; et que je suis véritablement un chef principal de toutes tes œuvres »[3]

 

Que confère donc la réconciliation ? l’image et la ressemblance ! Oui, la réconciliation restaure l’image dégradée et rétablit une certaine ressemblance qui ne pourra être parfaite que lors de la déification qui suivra la résurrection consécutive au second Avènement de Notre Seigneur.

 

Que produit alors cette restauration de l’image et de la ressemblance ? elle remet l’homme en possession totale de ses vertus et puissances originelles ; elle produit dès ce monde hic et nunc la réintégration de l’homme dans ses vertus et puissances spirituelles divines qui sont inhérentes au titre glorieux que le qualificatif « d’image et ressemblance » lui confère. Ainsi, l’opérant peut-il s’exclamer :

« Qu'il Te plaise, ô Eternel, par ta pure miséricorde, remettre à ton homme repentant, contrit et humilié, les dons et les vertus dont Tu l’avais comblé en l'émancipant de ton immensité divine ; remets-moi dans mon premier état de justice devant Toi. Malgré toute la dégradation que j'éprouve par ma faute, ô Dieu mon Père et mon Créateur, je suis toujours ton image en vertu, ta ressemblance en puissance et le seul objet de tout ce qui a été fait par Toi. »[4]

 

Pour obtenir cette réconciliation et cette restauration, l’opérant aura dû reconnaître ses écarts et il aura dû demander le pardon de ses fautes afin que cette réconciliation puisse agir pleinement et entièrement dans un cœur contrit, humilié et purifié par la contrition :

«Prends pitié des maux terribles qui assiègent mon être corporel et mon être spirituel ! Mais, ô mon Dieu, que ta volonté soit faite. Je sais que ces maux me rappellent à mon premier principe, à ma première soumission et à ma première vertu et me font connaître toute la justice de tes jugements dans la privation où tu m’as mis de ma puissance et de ta présence, à cause du peu de cas et d’exactitude que j’ai eu dans l’exécution des lois que tu avais attachées au bonheur de mon état originaire. Ô Dieu vivifiant +10, remets mon âme repentante dans son premier état d’innocence et de fidélité envers toi ; je suis par elle ton image et ta ressemblance, rends-moi toutes les vertus et puissances attachées à ce titre glorieux ! Entends mes cris et mes gémissements, dissipe les dangers auxquels je suis exposé et que je ne puis éviter que par ton secours divin. X Dieu vengeur et rémunérateur, ne perds donc pas de vue celui pour qui Tu as tout fait, ne le laisse pas tomber sans ressource ! Remets à ton homme contrit et humilié devant Toi, tout ce qu’il T’avait plu de lui donner pour le fortifier, le soutenir et le conduire dans toutes ses oeuvres temporelles et spirituelles qu’il devait opérer pour ta plus grande gloire. »[5]

La demande ne peut être plus claire et insistante, l’aspiration plus fervente.

 

L’opérant ainsi remis en plénitude de tous ses droits et pouvoirs agira alors, non pas pour, mais parce que. Il ne demandera pas d’obtenir la réconciliation, mais rappellera les droits et pouvoirs qu’elle lui confère parce qu’il sait l’avoir déjà obtenue. C’est pourquoi il proclamera avec assurance :

« Ô Dieu clément et miséricordieux, je puis me dire maintenant ton fils, puisque je me crois parfaitement purifié par Toi. Oui, je le suis parce que je l’ai désiré sincèrement et que Tu me l’as accordé d’après tes promesses immuables et j’atteste les cieux et tous leurs habitants de me reconnaître pour tel. Ô mon Père, ô mon Créateur, je suis donc enfin remis par ta pure volonté dans ce premier état de vertu et de puissance dont j’avais été déchu. »[6]

 

Nous le voyons donc, chaque Coen cherchera par ses opérations à bénéficier, dès cette vie et dans ce monde, de tous les bienfaits que la réconciliation acquise peut apporter. Et ce n’est donc pas à la quête de preuves de sa réconciliation que le Coen travaillera, sachant qu’elle lui est déjà acquise et qu’il ne tient qu’à lui de la rendre effective en puissance par la réconciliation opérée sur la nature humaine et surtout de la conserver par ses actes et une contrition régulière. Mais le Coen travaillera plutôt à obtenir la plénitude des bienfaits qu’il peut espérer du fait de ladite réconciliation et qui lui ouvrira des horizons infinis. Bienfaits dont il demandera par son travail opératoire, nous l’allons voir, la manifestation sensible ou spirituelle.

 

Et c’est ainsi qu’affermi dans l’espérance d’avoir été gratifié de nouveau des puissances et vertus originelles qui faisaient de lui un homme-dieu, que l’opérant se livrera au travail qui était le sien à l’origine des temps, qui ne doit jamais cesser de l’être, mais qu’il ne peut accomplir que par la grâce de la restauration de son image et de sa ressemblance.   

 

Ce travail commence par la molestation des esprits de prévarication qui ne cessent d’attaquer sa forme corporelle afin d’atteindre par son âme son être spirituel. Ce sont ces esprits maléfiques, agents du Prince de ce monde, qu’il doit combattre et repousser afin de préserver son intégrité retrouvée et protéger de même toute la création en proie à leurs influences néfastes. Et pour cela, c’est avec la plus grande prudence, mais aussi la plus ferme conviction de son rétablissement, qu’il pourra affirmer :                                      

« ô +10, Dieu de paix, fermement persuadé de ta miséricorde et de ma réconciliation avec Toi, j'ose maintenant me croire ton fils spirituel, ta créature purifiée et remise en son premier état de vertu et de puissance ; j'ose me présenter comme tel aux cieux, à la terre et aux abîmes et à tous les êtres qui y habitent; et en cette qualité par ton nom saint et redoutable, ô +10, je maudis et abjure Satan et tous ses adhérents. "[7]

 

Cette molestation consistant à contenir l’action des agents maléfiques dans les bornes de l’univers matériel temporel, et ainsi de les priver de toute proximité divine, de toute participation à la félicité, et de toute atteinte aux cieux surcélestes, fut une des missions confiée originellement à Adam par l’Eternel lors de son émancipation. Et, les décrets divins étant immuables, cette responsabilité n’a pas été retirée à l’homme du fait de sa chute car c’est maintenant dans ce monde qu’elle doit s’exercer. C’est pourquoi tout Coen réconcilié, Adam terrestre rétabli par l’Adam Céleste, doit continuer ici-bas ce combat, en parfaite harmonie avec les légions angéliques qui agissent de concert dans les cieux. C’est donc bien à une participation à ce grand combat qui se déploie sur la terre et dans le ciel, que le Coen doit se vouer avec les armes des puissances et vertus qu’il a pu recouvrer par sa réconciliation. Et c’est ainsi qu’il pourra alors s’exclamer :

« Je suis enfin remis, ô Eternel, Dieu d'Ismaël, par ta volonté immuable, à mon premier état de vertu et de puissance invincibles. Fuyez loin de moi, immondes, iniques et pervers persécuteurs et tentateurs de l'homme-Dieu de la terre, à qui l'Eternel a remis toutes vertus et puissances contre vous tous. Je commande que vous soyez dissipés de devant moi par ma propre parole et volonté divine ainsi que la poussière l'est par les vents les plus impétueux. Soyez éternellement confondus par moi et par ceux qui ont le même pouvoir que moi, de même que le plus petit grain de sel le serait dans les plus profonds abîmes de la mer. Ainsi soit fait, de par l'Eternel, que je l'ai prononcé. Amen. » [8]

Mais ce combat ne pourra pas se faire seul. L’opérant devra le faire avec le soutien de son gardien, de son bon compagnon, qui non seulement viendra l’affermir dans cette épreuve mais aussi par son soutien et sa protection combattra à ses côtés en le fortifiant dans ses vertus. C’est pourquoi dans ses prières journalières, le Coen demandera à son bon compagnon :

« Ô toi, bon compagnon, esprit divin de force de sagesse et de lumière. Etre puissant avec lequel je cherche de faire la jonction la plus intime, je t’appelle et t’invoque. Viens à mon aide ; conduis-moi pendant toute cette journée dans la voie du salut ; anime-moi de ce divin amour dont tu es embrasé ; donne-moi les armes nécessaires pour vaincre mes ennemis spirituels ; guide mes pas dans la vérité. Je m’abandonne avec la plus grande confiance à ta direction. Amen. »

 

Ce combat, qui est une des grandes œuvres du Coen, est fondamental. Car en repoussant le Malin et ses légions, il se protègera non seulement lui des attaques de ces êtres pervers et maléfiques, mais par leur rejet, opéré au centre des circonférences qui figurent à la création universelle, il protègera l’ensemble de cette création de la corruption à laquelle elle est  confrontée de par l’action et la traction que les esprits de prévarication opèrent sur elle en attaquant les esprits ternaires inférieurs qui opèrent à son entretien et à sa conservation. Car si les esprits angéliques septénaires et octénaires supérieurs viennent dans ce combat appuyer l’homme en luttant à ses côtés, de son côté l’homme a pour responsabilité de protéger les agents inférieurs de la création en éloignant d’eux les esprits maléfiques, précipitant ces derniers par sa volonté et son action, au fond des abîmes des ténèbres. Il s’agit alors bien d’un combat célestiel auquel l’opérant se livre de toutes ses forces recouvrées, par ses vertus et puissances, combat célestiel qui fait véritablement de lui un Chevalier Maçon Elu Coen de l’Univers, c’est à dire un Chevalier constructeur, élu par l’Eternel, par les ordinations et l’assentiment de La Chose, comme prêtre pour la restauration de l’univers.



[1] Invocation de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[2] Fonds Vichy, V 106 liasse 5 pièce 6

[3] Invocation de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[4] Fonds Vichy, V 106 liasse 5 pièce 6

[5] Invocation de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[6] Ibidem

[7] Ibidem

[8] Ibidem

Par Esh494 - Voir les 0 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 6 février 2013 3 06 /02 /Fév /2013 13:40

téléchargementIl est fréquent de lire ci ou là, en considération de l’oeuvre de rédemption opérée par Notre Seigneur Jésus-Christ, que les travaux des Elus Coens sont rendus inutiles par l’institution de la Nouvelle Alliance. Que les travaux de réconciliation opérés par les frères des Ordres Coens s’adonnant à des pratiques archaïques, et relevant du culte de l’Ancienne Alliance, sont au mieux dénués de tout intérêt et au pire hérétiques pour des chrétiens. Que la réconciliation ayant été définitivement opérée par le dernier sacrifice sanglant, qui fut celui de Jésus-Christ, Dieu incarné, les Coens poursuivent un objectif déjà atteint du fait d’une réconciliation déjà définitivement acquise dans ce sacrifice divin. Que les Coens ne doivent donc attendre aucune autre réconciliation, celle opérée par Dieu lui-même ne pouvant être supplantée par aucune autre. Enfin que, depuis l’incarnation du Christ, il n’est d’aucun intérêt de s’adresser aux esprits angéliques alors même que l’accès direct au Père par le Fils a été donné à tout homme baptisé.


 

Nous ne pouvons qu’exprimer notre accord avec la plupart de ces réflexions et exprimer aussi notre étonnement relativement au foisonnement de ces affirmations, voire de ces prises à parti.

 

 

En effet, en tant que chrétien, nous ne pouvons – ni ne souhaitons - nier l’œuvre de réconciliation qui fut définitivement et éternellement opérée par le Christ et qui opère depuis lors quotidiennement dans le monde ainsi qu’en témoigne l’apôtre :

« En effet, alors que nous étions encore sans force, Christ est mort pour des pécheurs au moment fixé. A peine mourrait-on pour un juste ; peut-être accepterait-on de mourir pour quelqu’un de bien. Mais voici comment Dieu prouve son amour envers nous : alors que nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous. Puisque nous sommes maintenant considérés comme justes grâce à son sang, nous serons à bien plus forte raison sauvés par lui de la colère de Dieu. En effet, si nous avons été réconciliés avec Dieu grâce à la mort de son Fils lorsque nous étions ses ennemis, nous serons à bien plus forte raison sauvés par sa vie maintenant que nous sommes réconciliés. Bien plus, nous plaçons notre fierté en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, par qui maintenant nous avons reçu la réconciliation. »[1]

 

 

Et cette réconciliation c’est la promesse pour l’homme du Royaume des Cieux et de la vie éternelle. C’est la réouverture pour l’homme des portes du paradis. Ainsi, ce qui avait été fermé par le premier Adam, est maintenant ouvert à l’homme par le second Adam ; ce qui avait été rendu mortel par le premier Adam, est rendu immortel par le second Adam. Ce rétablissement de l’accès au paradis est annoncé par le Christ lors même de sa crucifixion à l’un des larrons situé à ses côtés en ces mots : « Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis ».[2] Voilà la réconciliation, celle qui permet le retour de l’enfant prodigue car grâce à elle Adam fut réhabilité et avec lui toute l’humanité. Et cette réconciliation est immédiate. Le Christ n’a pas dit, à mon retour, après mon avènement et au jugement dernier. Non, ceci est vrai dès aujourd’hui et fut réalisé par le Christ lors de sa descente aux limbes dans lesquelles il vint délivrer les Patriarches suivant ce que dit la tradition. Martinès présente cette réconciliation sous la forme de la deuxième des trois opérations que le Christ devait opérer parmi les hommes :

« Son type [d’Enoch] est celui des trois opérations distinctes que le Christ avait à faire chez les hommes pour la manifestation de la gloire divine, pour le salut des hommes et pour la molestation des démons. Ces trois opérations sont : la première qui s'est faite pour la réconciliation d'Adam, la seconde pour la réconciliation du genre humain, l'an du monde 4000 ; la troisième qui doit paraître à la fin des temps, et qui répète la première réconciliation d'Adam, en réconciliant toute sa postérité avec le Créateur, pour la plus grande mortification et pour l'humiliation du prince des démons et de ses adhérents. » (Traité, 112)

 

 

Cette réconciliation opérée durant les trois jours de sa sépulture passés dans les entrailles de la terre, nous est elle-même présentée par Martinès sous la forme de trois opérations particulières :

« Le premier jour, il descendit dans les lieux de la plus grande privation divine, appelés vulgairement les enfers, pour délivrer de la servitude horrible les mineurs marqués du sceau de la réconciliation. C'est véritablement là la première opération, puisqu'il n'était venu chez les hommes que pour opérer en nature la justice divine directement contre les ennemis du Créateur. La seconde opération du Christ fut faite en faveur des justes, que l'on nomme Saints Patriarches, qui payent encore tribut à la justice du Créateur, non pas pour avoir mené une vie criminelle, ni s'être mal conduits spirituellement, mais seulement pour purger la souillure qu'ils ont contractée par leur séjour dans une forme de matière qu'ils ont eue, et où ils sont descendus par la prévarication d'Adam, tandis qu'ils devaient habiter un corps de gloire incorruptible, selon que le Christ nous l'a montré physiquement par sa résurrection glorieuse. (…) La troisième opération du Christ fait allusion au troisième jour de sa sépulture ; et elle fut faite sur deux espèces de mineurs qui étaient plus ou moins resserrés en privation divine. (…) C'est donc, comme nous l'avons dit, à abréger le cours et les opérations des mineurs dans ces trois cercles que consiste la première substance [3] de la troisième opération du Christ, afin que ces mineurs puissent ensuite se reposer à l'ombre de leur réconciliation. La seconde substance visible aux hommes corporels consiste dans le plan qu'il leur a tracé lui-même, soit par sa résurrection, soit par sa propre instruction qu'il a laissée à ses fidèles élus par sa parole spirituelle divine. Voilà sincèrement ce que je sais et ce qui m'a été dit touchant la réconciliation faite par le Christ, réconciliation vraiment préparée par les élus justes de ce même Christ, auquel il en avait donné le premier l'exemple, ainsi que je vais le faire concevoir. » (Traité, 36-40)

 

 

C’est cette même réconciliation offerte par le Christ que les Elus Coens confessent et même « revendiquent » en demandant :

« Et pour ce je réclame le secours et l'assistance puissante du Dieu Sauveur ô +8 qui m'a réconcilié et régénéré et du Dieu Sanctificateur ô +7 par qui je puis obtenir l'exercice de mes vertus et de mes puissances spirituelles temporelles »[4]

 

 

Nous ne pouvons – ni ne voulons - non plus nous opposer à cette admirable vérité qui consiste dans la reconnaissance de la grâce infinie qui nous a été donnée de prier le Père et de contempler le Père dans son Fils et par son Fils Jésus-Christ ; et d’obtenir du Père par la Fils et l’Esprit Saint toute grâce et toute vertu par l’intermédiaire des sacrements que dispensent les ministres de l’Eglise du Christ. En effet, nous ne pouvons pas ignorer ou réfuter cela.

 

 

En revanche, ce que nous constatons dans les affirmations présentées et dans les préjugés qui les accompagnent parfois, c’est souvent une profonde incompréhension du véritable sens des travaux Coens. Car il est totalement erroné de dire que le but des travaux Coens est la recherche de la réconciliation que l’homme déchu n’aurait pas encore trouvée auprès du Créateur. En effet, celle-ci étant déjà acquise définitivement par l’œuvre du Christ, et du fait que cette œuvre s’étend à toute l’humanité passée, présente et future, à quoi bon chercher à l’obtenir par des travaux personnels et surtout par l’action et la manifestation de créatures invisibles qui ne sont que les agents et ministres de la volonté divine et du Fils chéri ? Ceci n’aurait pas de sens si nous nous bornions à considérer que cette quête de la  réconciliation constitue le seul et unique but des travaux des émules de l’Ordre.

 

 

Cependant, chacun doit savoir que, bien que la réconciliation ait été acquise de façon définitive, parfaite et universelle dans le Christ, les œuvres quotidiennes des hommes, suivant qu’elles sont ou non orientées par l’adhésion de ces derniers à la volonté divine, peuvent en altérer les effets et les bienfaits, pouvant même priver l’homme de son retour au jardin paradisiaque.  Ces œuvres quotidiennes humaines peuvent ainsi participer à la dégradation de l’image divine que chaque homme porte en la rendant de plus en plus dissemblante ou bien à contrario participer à sa restauration en renforçant la ressemblance par rapport au modèle. Ainsi nous le voyons, par un comportement dévoyé de ses lois naturelles, chaque homme rejette volontairement ou involontairement, consciemment ou inconsciemment, la réconciliation offerte.  Car cette réconciliation est offerte mais pas imposée, tant la liberté de l’homme doit être respectée. Il est alors du devoir de tout homme de travailler à  conserver ses acquis, c'est-à-dire de ne pas entacher cette réconciliation ou bien de la rétablir si elle a été mise à mal par des actes contraires aux ordonnances divines. Chaque homme devant se considérer comme pécheur dans ce monde ; chaque homme subissant régulièrement l’impression que font sur lui les intellects émanés des esprits malins ; chaque homme désobéissant aux commandements divins et succombant à son ego, préférant suivre sa propre volonté suivant un libre-arbitre altéré par les passions ; alors oui, dans ces conditions si funestes pour l’homme, la réconciliation toujours effective pour l’humanité doit être regagnée pour chaque homme par le pardon.

 

 

Aussi, l’homme doit-il par un acte de contrition volontaire, demander réparation à son divin Sauveur et par l’obtention du pardon renouer avec sa réconciliation personnelle. Et ce qui est aussi acquis, c’est la promesse du pardon car Dieu est amour et sa loi étant invariable il ne reprend pas ce qu’il a offert une fois. La réconciliation est acquise et définitive pour l’humanité ainsi que pour chaque homme tant que l’homme l’accepte, qu’il ne s’en détourne point et, si tel est occasionnellement le cas, tant qu’il implore le pardon de son Réconciliateur et divin Réparateur.

 

 

Aussi, les Elus Coens commencent-ils leurs invocations en se repentant de leurs erreurs, de leurs fautes, de leurs égarements et en reconnaissant le triste état dans lequel ceux-ci les ont projetés :

« C'est dans cet état de misère où je me suis réduit que j'ai recours à Toi, ô Dieu infiniment bon. Je m'écrie vers Toi du plus profond abîme pour T'exposer mes pleurs et mes douleurs. Vois donc mon repentir, entends l'aveu sincère de mon égarement, ô combien je suis coupable, à mon propre jugement, de m'être séparé de Toi ! Je dépose devant Toi les remords que j'en ressens. Exauce-moi, Seigneur ! Seigneur, aie pitié de moi ! L'opprobre et la confusion sont la suite de ma mauvaise conduite envers Toi, car je suis un fils ingrat, un ami perfide, un sujet rebelle. J'ai trop méconnu ta puissance et j’ai trop présumé de la mienne, que je ne tenais cependant que de ta bonté.

Mais je reconnais bien aujourd'hui, ô Dieu seul puissant, toute mon erreur, et j'éprouve bien que ta puissance et ta seule volonté surpassent toutes mes facultés, et qu'en punition de mon orgueil criminel, Tu as borné ma puissance et m'as privé de la connaissance de la vérité. Aussi, je ne suis plus entouré que d'erreurs et de ténèbres, tout autre être que moi me fait ombrage. Je ne connais plus rien qu'avec effort et avec doute, et tout superficiellement, et je ne puis plus rien de moi-même, si je n'obtiens de ta bonté la liberté d'employer mes facultés. »[5]

ou encore :

« Tu constituas et consacras ton homme maçon et bâtisseur spirituel dans cet univers ; il n'a rien bâti ni rien construit ni élevé sur ta base spirituelle, qui T'ait pu être agréable, qui ait pu être pour ta plus grande gloire. Pénétré de la plus vive douleur de son indifférence et ingratitude à tous égards, il s'élève et se réclame à Toi, Dieu fort, du profond des abîmes de cette terre. Oui, c'est moi qui suis seul criminel ; purifie-moi, exauce-moi. »[6]

et enfin :

« Ô Dieu Juste +10, je ne suis qu’horreur et ténèbres devant Toi et devant tous tes esprits purs ; l’aveu que j’en fais, mon repentir et les maux qui m’environnent Te sont connus et Tu ne peux y être insensible, car Tu Te qualifies Toi-même de Père des miséricordes infinies envers tes créatures. Je suis une de ces créatures pour qui Tu as eu tant de complaisance et en qui Tu as daigné mettre ta confiance. Ne me reprends point, ô Dieu redoutable, dans la rigueur de ta justice ! Prends pitié des maux terribles qui assiègent mon être corporel et mon être spirituel ! Mais, ô mon Dieu, que ta volonté soit faite. »[7]

 

 

Ils imploreront ensuite pour obtenir le pardon en gémissant :

« Pénétré de la plus vive douleur sur mon ingratitude et ma rébellion, je m’élève vers Toi du plus profond abîme de ma privation ! Oui, je suis coupable, ô mon Père divin, mais prends pitié de moi, exauce ma prière et je redeviendrai juste ; purifie mes facultés spirituelles et corporelles et ma parole sera puissante»[8]

ou encore :

« Je suis coupable envers Toi, mais ô mon Dieu, je suis ta créature et Tu ne me laisseras pas être la proie éternelle du péché. Tu me laveras de mes souillures par le sacrifice ineffable de ton fils ô +8 mon Sauveur ; Tu me purifieras par le feu réparateur de ton Esprit saint ô +7 mon Sanctificateur. »[9]

et enfin :

« Ton homme, Tout-Puissant Dieu de Jacob, enseveli dans les misères et dans une douleur amère, crie vers Toi du fond des abîmes d’une terre étrangère. Exauce ses lamentations et sa confession sincère, d'avoir été si ignominieusement séparé de Toi et de son prochain. C'est pourquoi je dépose mes plus grandes tristesses devant ton trône et tes puissances célestes et surcélestes, afin que leurs subordonnés rendent justice à ton homme selon son désir, et comme il te plaira de les autoriser (…) » [10]

 

(à suivre)

[1] Rm 5, 6-11

[2] Luc 23, 43

[3] La troisième opération des trois jours s’opère sous la forme de 2 substances : l’une visible et l’autre invisible

[4] Fonds Vichy -

[5] Invocation de Maître Coen – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[6] Invocation de Grand Architecte – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282

[7] Idem

[8] Idem

[9] Fonds Vichy, V 106 liasse 5 pièce 6

[10] Invocation de Maître Coen – Registre Vert des Elus Coens BNF FM4 1282M4 1282

Par Esh494 - Voir les 2 commentaires - Ecrire un commentaire
Mercredi 22 août 2012 3 22 /08 /Août /2012 10:41

7-20--20Archanges.jpgLe sacerdoce Coen n'est théurgie que parce que l’opérant reçoit de l'Eternel toute force et puissance d'opération et de commandement après avoir recouvré les vertus et puissances de l'homme Premier. Nul ne peut « convoquer » les anges sans ce préalable indispensable car le risque serait alors de convoquer des entités indésirables et malignes qui ne manqueraient pas de porter préjudice à l’intégrité de l’opérant. Il faut alors de toute nécessité apprendre à distinguer ces entités spirituelles afin d’arriver à bien discerner l'or pur du cuivre, raison pour laquelle ces entités sont aussi représentées dans les cercles opératoires en vis à vis des entités bénignes qui permettront aussi de les contrôler et d’en contenir l’action dans la région du midi. D’où l’impérieuse nécessité aussi pour l’opérant de se protéger par le moyen de son pentacle mais aussi – et surtout -  par les prières, cérémonial de pénitence et les invocations à l’Eternel et à son Esprit qui doit illuminer et guider les travaux.


L’opérant devra donc, préalablement à l’exercice de son sacerdoce, restaurer l’image défigurée et s’acheminer sur le sentier de la ressemblance.  Il devra ensevelir le vieil homme, s’en dépouiller, pour revêtir les habits du nouvel homme. Et il ne pourra redevenir ce nouvel homme, ami et ressemblance du Principe, Adam régénéré, qu'en revêtant le Christ, c'est-à-dire en passant par le sang et l'eau de la croix - eau qui est source de vie et sang qui est feu purificateur de l’être déchu - par la pénitence et l‘expiation mais aussi – et surtout devrions-nous dire - par la grâce et le sacrement du baptême et de l'eucharistie. Alors ce n'est que revêtu de la tunique blanche et sans couture du Christ, qu’il aura acquise par la prière, la participation aux sacrements, les travaux préparatoires de pénitence et d'invocation qui sont l'oeuvre au noir et au rouge du Coen, que l'oeuvre au blanc se manifestera. Cette voie spirituelle - que l’on qualifie communément d’externe car l’on s’en tient trop facilement à l’apparence des choses et à la manifestation - n’est pas moins exigeante que la voie dite interne ou cardiaque. Elle suppose une foi inébranlable, une dévotion constante, une ascèse de vie exemplaire et une prière continuelle. L’opérant rythmera ses journées par les prières des quatre temps et l’invocation de l’Esprit Saint, du Christ, des Anges et de la divine Trinité ; ses semaines par l’expiation dans les psaumes de pénitence ; ses mois par l’imploration et l’action de grâce dans les invocations particulières ; il se préparera enfin à la grande opération par le jeûne et l’abstinence. Ici, dans ce sacerdoce continu, plus question de voie interne ou externe car l'opérant, en quête de sa restauration et réintégration, âme confondue, humiliée et repentante, appelle de tout son être la réconciliation qui est le rétablissement de la communication avec l’Eternel, les arrhes du Royaume des Cieux. Là est la mystique du Coen, celle qui relie l’opérant à l’Etre des Etres et le rend participant des mystères divins.


Alors, ayant accepté sa croix, ayant revêtu le Christ, redevenu à la ressemblance du Principe dont le Fils est la parfaite image, le Coen opèrera en union avec les choeurs angéliques à la réconciliation universelle et, par la force de commandement spirituelle recouvrée, obtiendra des esprits divins invoqués tout secours nécessaire à l’oeuvre qui est la sienne dans la manifestation attendue de la Gloire qui est le grand oeuvre de La Chose .

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Mercredi 14 mars 2012 3 14 /03 /Mars /2012 13:37

CerclesPour tous les Coens, hommes de désir en quête d’un renouvellement et d’un perfectionnement de leur réconciliation, le temps de l’équinoxe qui s'ouvre est l’occasion de réaffimer que l’état de Coen n’est pas consécutif à la simple obtention d’un grade quelconque mais à la pratique de la prière et des travaux opératoires que l’Ordre exige de ses membres. Sans eux, la soi-disant élection dont ils pourraient s’enorgueillir inutilement serait vaine et les ordinations reçues resteraient inopérantes.

 

En effet, un Coen est un homme Elu de la Providence et sur lequel cette même divine Providence déverse tous ses bienfaits. Bienfaits généreusement dispensés par amour  au travers des ordinations reçues mais qui sont autant de dons gaspillés si chacun n'en faisait l'usage pour lequel la Providence, et l'Ordre qui est son bras agissant, les a élus.

 

Car il faut bien noter que le système de l’Ordre des Elus Coens n'est pas un système de grades. C'est un système de grâces. Grâces divines conférées dans l'Esprit et par l'Esprit et transmises dans les ordinations par les mots de puissances et noms d’esprits qui sont autant de bénédictions, de verbes de puissance et de marques de protection et de vivification accordés aux récipiendaires et qui agissent comme le sceau de cette élection.

 

Aussi, tous les Coens sont-ils appelés à profiter de ce temps d'équinoxe pour oeuvrer chacun dans leurs circonférences, mais aussi ensemble physiquement ou sympathiquement, à leur réconciliation ainsi qu’à celle de tous les hommes et de la création universelle. Ils agissent de concert par la pénitence, le renoncement ou kénose, la prière et les travaux de l’Ordre qui sont les voies privilégiées de la rédemption, de l’illumination et de la réintégration.

 

Chaque Coen est ainsi invité préalablement et postérieurement aux travaux théurgiques qui viendront couronner ce temps d’équinoxe, à réciter rituellement les psaumes pénitentiaux et à se préparer physiquement et spirituellement par un jeûne relatif et la prière. Les travaux opératoires proprement dit, initialement prévus par les Statuts de l’Ordre pour durer 3 ou 7 jours sont quant à eux maintenant bien réduits du fait des contingences liées à la vie moderne. Mais comme disait le Maître, il faut faire avec ce que l’on a.

 

L’observance de ces consignes, accompagnée de prières quotidiennes, ainsi que la pratique d'une ascèse préparatoire personnelle, permettront à tous les Coens de se présenter à leurs travaux dans les meilleures conditions afin d'espérer recevoir en don les signes de la réconciliation et la douce manifestation de La Chose.

 

A tous les Coens, véritables hommes de désir, nous souhaitons paix, joie et bénédictions dans leurs travaux.

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Jeudi 16 février 2012 4 16 /02 /Fév /2012 22:45

Jacob et l'ange

Les deux fois sept années que Jacob passera chez Laban pour obtenir Rachel sont riches d’enseignements. Laban, « blanc » en hébreux, symbolise l’éclat de la lumière intellectuelle et spirituelle, la connaissance et l’intelligence. Il est frère de  Rebecca tout comme l’Intelligence est sœur de la Sagesse. Laban éprouvera Jacob par des forfaits de même nature que les siens et ainsi favorisera sa repentance et la constance de ses intentions et de ses actes. Laban est généralement qualifié de menteur, de tricheur mais il ne fait que reproduire ce que Jacob a lui-même commis à l’encontre de son père et de son frère. Confronté à ces épreuves, Jacob acquerra au service de Laban de nouvelles forces et une plus grande intelligence spirituelles, réalisant au terme de sa servitude ne devoir qu’à Dieu la croissance de sa richesse et la sortie de son exil. Car après avoir conclu un marché avec Laban, il finit par réaliser, à l’issue d’un nouveau songe, que ce n’est pas du fait de ses propres connaissances et de sa propre intelligence qu’il put acquérir de nouvelles richesses en faisant croître son troupeau, mais que ce fut grâce à Dieu qui avait décidé de sa prospérité, du fait de l’alliance qu’il avait scellée avec lui.

 

En fait, cette époque de la vie de Jacob et les épreuves auxquelles il est soumis sont bien le reflet des épreuves qu’endure le mineur en parcourant les sept cercles d’expiation. Mais ce sont aussi les mêmes épreuves qui apporteront la vivification et la fortification spirituelle du mineur et sa réconciliation.

 

Ces épreuves nous apprennent que c’est uniquement de l’Intelligence divine, par le vecteur de toute intelligence créée, que le mineur spirituel recevra toute illumination, toute connaissance, tout intellect ou pensée et toute intelligence spirituelle pendant sept nouvelles années d’illumination et de fortification par la grâce. Alors, le mineur sortira de son « exil » ou plutôt de son lieu de rédemption et de réconciliation. Et fort des connaissances, des dons reçus et de l’assistance divine continuelle, le mineur viendra instruire, guider et diriger l’âme et le corps de l’homme auquel il désire de façon ardente redonner « la belle forme dont il est susceptible »[1].

 

Le retour de Jacob vers son frère Esaü, suite à l’appel fait par le Seigneur (Gen. 31, 11-13) est alors l’occasion de nouveaux enseignements et d’une nouvelle révélation qui sera quant à elle déterminante.

 

Jacob semble fuir Laban car étrangement ce dernier paraît afficher une certaine jalousie de tous les biens accumulés par Jacob. Semble jaloux car ayant poursuivi Jacob, il ne l’attaqua point mais vint au-devant de lui pour lui reprocher de ne pas s’être congédié de lui et de sa famille. Jaloux de la jalousie de Dieu envers le mineur habité par l’Esprit quand il est dit : « C’est avec jalousie que Dieu aime l’Esprit qui habite en nous. » (Jac. 4, 5) Mais au-delà de cette jalousie relative ce que vient réclamer Laban se sont les théraphim emportés par Rachel (Gen. 31,19 et 31,34). Ces objets de divination et d’oracle, symbolisant la connaissance que l’on désire d’acquérir, le message de Laban est clair : il n’appartient pas à l’homme de posséder ces théraphim, comme il est considéré comme péché d’orgueil du mineur de penser qu’une quelconque connaissance puisse venir directement de lui alors qu’il n’acquiert toute connaissance que par la volonté et l’action divines. Jacob, à qui Rachel avait dissimulé ce vol, ne convoitait en rien les théraphim comme le mineur réintégré ayant recouvré l’image divine ne prétend en rien détenir ses puissances, vertus et connaissances par son propre et unique pouvoir.

 

Enfin, la révélation finale arrive avec le dernier songe de Jacob, préalablement à sa rencontre avec Esaü. Jacob rêve d’un combat contre un ange ayant pris l’apparence d’un homme (Gen. 32, 25). Que nous enseigne ce songe ? Jacob lutte contre l’ange, le domine par les forces qu’il a acquises dans son séjour chez Laban montrant ainsi la supériorité recouvrée de l’homme réconcilié par rapport à l’ange. Alors l’ange marque Jacob à la hanche en la lui déboîtant, soulignant ainsi le sceau divin qui marque tout homme et la faiblesse du mineur spirituel dès lors qu’il n’est pas soutenu par l’Esprit. Ainsi, la victoire de Jacob est toute relative car sans l’Esprit de Dieu, point de victoire. Et réalisant cette vérité, Jacob, mineur spirituel, demande la bénédiction de l’ange c'est-à-dire demande à Dieu que jamais ne lui soit ôté son Esprit afin de le rendre victorieux en tout combat et en toute circonstance. Ce qui lui est accordé, Dieu dans son immutabilité ne revenant pas sur sa promesse faite d’accompagner et soutenir Jacob dans toutes les circonstances de sa vie (Gen. 28, 15).

 

Ainsi vivifié de la force de l’Esprit, Jacob ira à la rencontre de son frère Esaü. Mais avant même de le rencontrer, et dans la crainte du courroux de son frère qu’il souhaitait apaiser, Jacob fera offrir par ses serviteurs les troupeaux et le bétail qui l’accompagnent. Cependant Esaü n’avait manqué de rien pendant l’exil de Jacob et s’était enrichi jusqu’à dire ne pas avoir besoin des richesses proposées (Gen. 33, 9) Car en effet, les dons de la grâce et des énergies divines ne s’attachent pas uniquement à l’esprit de l’homme, à son âme spirituelle que nous appelons mineur, mais aussi à son âme psychique, affective, vitale et à sa forme corporelle. Ces énergies et ses grâces se répandent sur l’homme dans son intégralité, le vivifiant dans toutes ses composantes, car Dieu n’a pas fait l’homme pur esprit mais corps, âme et esprit et c’est l’homme entier qu’il veut restaurer, réhabiliter et glorifier. Malgré cela, conscient de la valeur de ce cadeau il l’accepta.

 

Jacob est ainsi le type du mineur spirituel rétabli dans ses puissances et vertus qui, grâce aux dons spirituels recouvrés, désire procéder à la réédification de l’homme dans son intégrale triplicité de corps, âme et esprit.  Mais il est bien compréhensible que ce même mineur, ayant déjà succombé à l’attraction des pulsions et passions de l’âme et de la chair, redoute cette nouvelle rencontre qu’il devra cette fois dominer. Bien heureusement, il est maintenant armé des grâces de l’Esprit et des forces nouvelles qu’il confère et dont il désire accorder le bénéfice à toutes les parties constitutives de l’homme afin de les sacraliser et les réconcilier. Par ces grâces, le mineur opère alors une traction spirituelle dans l’âme passive et le corps ; il en prend l’ascendant et opère ainsi la réintégration complète de l’homme qui fait suite à la sienne propre.

 

Jacob retrouvera alors dans de joyeuses circonstances son frère Esaü, symbolisant ainsi la joie de la réunion spirituelle du mineur réhabilité et fortifié par la grâce de l’Esprit-Saint avec le corps et l’âme passive, qu’il peut maintenant guider avec douceur et constance et avec lesquels il désire de faire la plus parfaite alliance. Le mineur apporte ainsi en offrande à l’âme et à la chair tous ses dons et richesses spirituels afin de concourir à leur glorification et à la déification de l’homme. Ainsi est il écrit : « Je t’ai regardé comme on regarde Dieu et tu m’as accueilli favorablement. » (Gen. 33, 10)

 

Ces grâces et dons sont ceux de l’Esprit-Saint que nous pouvons reconnaître dans les différentes circonstances de la vie de Jacob :

  • La Crainte de Dieu quand, après son combat avec l’ange, Jacob s’écrit « J’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauvée » (Gen. 32, 31) reconnaissant la grâce divine accordée au pécheur et dont il doit attendre sans cesse les bienfaits, le jugement qui est celui de Dieu, qu’il doit craindre à tout moment, ainsi que la miséricorde dont il est le bénéficiaire.
  • La Piété par la bénédiction qu’il demande à l’ange, bien qu’il en soit victorieux dans son combat (Gen. 32, 27-30), et par les différents autels qu’il éleva en culte à l’Eternel. (Gen. 28, 18), (Gen. 33,20).
  • La Force par sa victoire dans son combat avec l’ange (Gen. 32, 25-27) et le courage qui fut le sien pour aller à la rencontre de son frère afin d’opérer sa réconciliation.
  • La Science dans le projet qu’il soumet à Laban pour sa rémunération et l’accroissement de leurs patrimoines respectifs (Gen. 30, 31-33) ; dans la façon dont il favorise la « fructification » et l’accroissement de ses propres biens en favorisant par des branches à demi-pelées la reproduction de son troupeau (Gen. 30, 37-43) connaissances divines issues de la vision qu’il eut de l’accouplement des boucs et brebis (Gen. 31, 10-13) et de la révélation du dessein de Laban qui essayait de le tromper.
  • Le Conseil par la vision qu’il eut et à laquelle il se conforma de quitter le pays de Laban (Gen. 31, 3).
  • L’Intelligence par la vision qu’il eut du monde céleste, des hiérarchies angéliques  et de leurs mystères dans le songe de l’échelle (Gen. 28, 12-13).
  • La Sagesse, salaire de toutes ces épreuves, et qui est le don par lequel Jacob se trouve durant tout le long de sa vie gratifié de l’Esprit par l’alliance que Dieu avait faite avec lui.

 

Ainsi Jacob est le type du mineur habité par l’Esprit, guidé par l’Esprit et qui finalement remet sa vie entre les mains de Dieu et de son Esprit. Il est le type du mineur recevant les grâces de l’Esprit par lesquelles il reçoit toute connaissance et toute illumination, toute force et toute consolation.

 

 

Alors, certains diront que nous nous éloignons de l’exégèse de Martinès. Ceci est vrai, car à l’étude nous devons bien reconnaître que cette exégèse mérite quelques rectifications :

-          sur la forme par la relative liberté que Martinès prend dans le Traité par rapport à la chronologie des évènements, inversant les différents songes de Jacob et plaçant ainsi son combat avec l’ange antérieurement à la vision de l’échelle, ce qui altère significativement le sens et la portée de ces songes ;

-          sur le fond en passant sous silence le long exil de Jacob chez Laban et surtout en donnant la primauté de la grâce aux esprits déchus au lieu de l’attribuer à l’homme, inversant ainsi toute la vision eschatologique traditionnelle. Martinès rentre même en contradiction avec sa propre vision de la réintégration et du rôle du premier Adam qui devait œuvrer à la réhabilitation des esprits déchus. Et en dépit de la chute de l’homme, cette économie du salut ne changera pas. Le Christ est venu sauver et rétablir les hommes dans leurs vertus, pouvoirs et puissances afin que ceux-ci, forts de l’Esprit-Saint, puissent  œuvrer de nouveau à la réintégration universelle des tous les êtres créés.

 

Il n’en reste pas moins que l’intuition de Martinès est la bonne relativement au rôle prédominant de l’Esprit chez Jacob, même si l’exposé nécessite quelque commentaire. C’est pourquoi, malgré notre manque de convergence apparent par rapport à la doctrine de Martinès de Pasqually, nous concluons avec lui :

« Dans cette invocation, Jacob reconnaît véritablement Abraham comme type du Créateur par la multitude de puissances spirituelles qui lui furent données. Il reconnaît Isaac comme le type du Fils divin ou de l'action divine dans la grande postérité de Dieu qui provint de lui, dans laquelle l'élection et la manifestation de la gloire divine s'est opérée. Et par lui-même Jacob reconnaît le vrai type de l'Esprit, par les grandes merveilles que le Créateur avait faites pour lui, en lui montrant à découvert la gloire divine. » trinite-272x300

 

Nous pouvons donc conclure que par les personnes d’Abraham, Isaac et Jacob, les Elus Coens invoquent dans leurs prières la sainte et indivisible Trinité très chrétienne dont l’action et les bienfaits sont appelés à s’étendre sur tous les frères.

Ainsi, cette formulation de prière, bien que d’apparence vétéro-testamentaire, souligne l’aspect résolument chrétien de l’Ordre des Elus Coens.



[1] Voir le rituel d’Apprenti du Rite Ecossais Rectifié

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