Mercredi 19 mars 2014 3 19 /03 /Mars /2014 16:39

Adam chassé tuniques Nous avons vu que c’est par le corps et l’âme que le Tentateur pût avoir prise sur Adam. C’est donc naturellement le corps et l’âme qui devaient supporter les conséquences directes de cette prévarication. Quelles étaient ces conséquences ?

 

Pour correctement identifier la nature exacte desdites conséquences il est nécessaire de bien analyser la nature exacte ou plutôt le type de prévarication dont Adam fut l’auteur. Selon le Traité, nous devons distinguer la volonté prévaricatrice de l’opération qui exprima celle-ci. Car la première prévarication prit naissance dans l’intention d’Adam qui succombant à la vision glorieuse de Satan et laissant entrer en lui son intellect et sa pensée mauvaises, épousa en quelque sorte l’ambition de ce dernier et en adopta les plans. Ainsi, ce fut la volonté d’Adam qui fut dévoyée. Martinès décrit ce dévoiement en ces termes :

« Adam étant livré à son libre arbitre, réfléchit sur la grande puissance manifestée par ses trois premières opérations. Il envisagea son travail comme étant presque aussi grand que celui du Créateur ; mais ne pouvant de son chef approfondir parfaitement ces trois premières opérations ni celles du Créateur, le trouble commença à s'emparer de lui au milieu de ses réflexions sur la toute-puissance divine, dans laquelle il ne pouvait lire qu'avec le consentement du Créateur, selon qu'il lui avait été enseigné par les ordres que le Créateur lui avait donnés lui-même d'exercer ses pouvoirs sur tout ce qui était à sa domination, avant de le laisser libre de ses volontés. » (Traité, 12)

 

Il s’agit bien là d’une prévarication car de sa propre intention Adam bâtit le plan de se servir des pouvoirs qui lui avaient été conférés, non pas pour la gloire du Créateur mais pour sa propre gloire. C’est bien cet abus de pouvoirs qui constitue, au sens propre du terme, une réelle prévarication.

 

Cette perversion de la volonté d’Adam, n’avait été rendue possible que par un mauvais usage de son libre arbitre rendu incertain du fait de l’extase dans laquelle Adam se trouvait, extase le rendant vulnérable à l’intellect mauvais.  

« (…) Ainsi, ce n'est que d'après l'insinuation de l'intellect mauvais que le mineur conçoit sa volonté mauvaise, et c'est par là qu'a été conçue et opérée la prévarication du premier homme. »  (Traité, 29)

 

Cette volonté dévoyée devait alors s’exprimer au travers des actes et opérations qu’Adam devait produire pour l’accomplissement de la volonté du Créateur et pour lesquels il avait été émancipé dans un état de gloire et de puissance absolue sur toute création. Cependant, la volonté ayant été pervertie, l’opération qui devait la manifester devait l’être de même.

« Adam, revenu de son extase spirituelle animale, mais ayant retenu une impression mauvaise du démon, résolut d'opérer la science démoniaque préférablement à la science divine que le Créateur lui avait donnée pour assujettir tout être inférieur à lui. » (Traité, 13)

 

 Et pour que cette perversion fût totale, il fallait qu’elle agissât sur l’opération la plus élevée qu’il avait été donné à Adam d’effectuer. Quelle était-elle ?

 

Le mineur spirituel, par ses facultés spirituelles étendues et l’action du verbe de création qui était inné en lui en tant qu’image de son créateur, devait co-opérer à la création universelle en concertation avec l’Eternel, tel qu’il est dit dans le Traité :

« Adam avait donc en lui un Verbe puissant, puisqu'il devait naître de sa parole de commandement, selon sa bonne intention et sa bonne volonté spirituelle divine, des formes glorieuses impassives, et semblables à celles qui parurent dans l'imagination du Créateur. » (Traité, 47)

ce dont les Ecritures saintes nous instruisent en ces termes :

« L’Eternel Dieu façonna à partir de la terre tous les animaux sauvages et tous les oiseaux du ciel, puis il les fit venir vers l’homme pour voir comment il les appellerait. Il voulait que tout être vivant porte le nom que l’homme lui donnerait. L’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux sauvages, mais pour lui-même il ne trouva pas d’aide qui soit son vis-à-vis. »[1]

considérant que du point de vue de la tradition, nommer c’est créer, le verbe et la parole étant les acteurs de la création.

 

Or l’acte de création le plus élevé qui avait été donné à Adam d’opérer était celui de la création d’une postérité d’hommes-dieu en forme glorieuse. Du fait de la volonté impure liée à son opération, Adam - qui devait être co-créateur de ces formes glorieuses dans lesquelles le Créateur devait insinuer un mineur spirituel qu’il aurait émané suivant ce plan commun de création - ne put concevoir qu’une forme imparfaite, la coopération divine ayant été rompue.

 

En effet, par cette rupture, ses puissances spirituelles se trouvèrent dégradées. Il ne lui fut ainsi plus possible, par son propre influx spirituel, de produire et d’entretenir les essences spirituelles propres à la génération et l’entretien de sa forme corporelle glorieuse comme de celles de sa postérité. Car, nous l’apprenons de Martinès, tout esprit simple et pur génère de telles essences desquelles il tire sa forme corporelle glorieuse :

« C'est là ce qui doit te faire concevoir que les essences et les formes corporelles des êtres spirituels, habitants des trois mondes, sont plus pures et plus subtiles que celles qui proviennent des esprits de l'axe. » (Traité, 231)

 

Mais les décrets de l’Eternel étant immuables, le Créateur ne retira pas d’Adam son verbe de création. Cependant, affecté par sa prévarication, ce il ne put tirer de lui que des essences non pas spirituelles mais spiritueuses – c'est-à-dire dégradées -  qui participèrent à la création d’une forme corporelle imparfaite d’apparence matérielle portant en elle la corruptibilité héritée de l’acte impur de création d’Adam.

 

Ainsi, la matière ne fut point créée par punition contre l’âme et l’esprit d’Adam, mais fut le simple résultat de l’action impure d’Adam. Résultat qui, nous le savons, devait avoir des conséquences funestes pour Adam et sa postérité. Car la création de cette forme de matière entraîna alors un bouleversement majeur dans la création qui toute entière fut pervertie par la prévarication d’Adam. Ainsi, la puissance des êtres spirituels ternaires inférieurs fut-elle aussi dégradée et ces mêmes êtres ne purent-ils que tirer de leur sein les mêmes essences spiritueuses. L’univers général corporel fut alors dégradé et tout entier plongé sous l’emprise de la matière. Toute l’univers qui avait été pensé, voulu et créé glorieux fut ainsi assujetti à la matière. La création fut donc elle-même transmuée par le même substrat que celui créé à l’issue de l’opération impure d’Adam. Opération impure car elle-même résultant d’une pensée impure.

 

Toujours du fait de l’immutabilité de son créateur, Adam devait pouvoir continuer à opérer après sa faute pour contenir l’action des esprits rebelles dans les bornes de l’univers créé. Cette immutabilité est l’expression même de l’amour infini et infaillible de Dieu. Car afin de pouvoir opérer sa réconciliation et sa réintégration, Adam devait avoir les moyens de racheter ou expier sa faute. Si Adam avait été privé de toute possibilité de poursuivre son action, quel recours aurait-il eu pour se racheter ? De quelle mission et quelles prérogatives plus nobles aurait-il pu être investi ? Il fallait donc que cette mission et ces prérogatives pussent encore s’exercer, mais d’une manière différente, dans un environnement nouveau. Aussi, Adam fut-il précipité au centre de la terre afin que son corps soit transmué suivant un processus identique à celui de toute la création, et donc que de glorieux il prît une apparence matérielle élémentaire identique à celle qu’il avait créée. Ces sens spirituels furent eux aussi transmutés en sens physiques, psychiques et affectifs. L’âme d’Adam fut alors soumise par ces sens matériels à l’action des êtres et formes matérielles qui l’environnaient maintenant, lui permettant de communiquer ainsi avec son nouvel environnement et d’en recevoir toute impression afin de mieux opérer avec lui. Mais cette transformation opéra, à l’identique du corps, une dégradation de l’âme qui, devenant sensible à l’affect et au psychique, s’en trouva changeante et plus vulnérable aux impressions des êtres physiques et spirituels malveillants ou maléfiques qui l’entouraient. Les sens furent plus que jamais la porte par laquelle les influences et pensées bonnes ou mauvaises purent s’insinuer en l’homme. Nous le voyons, la chute de l’homme entraîna la transmutation de toute sa chair, corps et âme, mais selon une forme qui lui permettait dans le nouvel environnement qui était devenu le sien, de poursuivre son œuvre par des moyens différents mais participant à son expiation. Ainsi, pouvait-il continuer à opérer dans la création déchue ce qu’il devait originellement opérer suivant un mode différent dans la création originelle. Voilà quelle est l’expression de la miséricorde divine qui accorde toujours à l’homme tous les moyens de son expiation. Aussi l’émule de l’Ordre des Elus Coens  dira-t-il dans ses prières :

« Ton homme, ô Très puissant Eternel, Dieu des dieux, ne peut ignorer la tendresse et l’amour que Tu as eus éternellement pour ta créature spirituelle puisque Tu as créé le chaos de ténèbres matérielles temporelles pour l’expiation de son crime, et pour opérer en sa faveur sa réconciliation ; quel est le mineur d’entre-nous qui peut refuser les merveilles de ta justice et de ta gloire en faveur de ta créature, même la plus impie ? »[2]

 

Considérant que c’est cette faculté de continuité d’opération, accordée à l’homme, qui constitue la véritable expression de la miséricorde divine, nous ne pouvons considérer que la forme corporelle de l’homme, maintenant d’apparence matérielle, soit impure, corrompue dès sa formation et représente une sorte de damnation s’exprimant par la mortalité que toute la postérité d’Adam aurait reçue en héritage. Car ce n’est pas le résultat qui constitue la faute rendue réversible sur l’entièreté de l’humanité, mais bien l’intention. Pourtant, Martinès affirme à plusieurs reprises que cette forme matérielle constitue une prison et qu’en cela elle est une véritable punition :

« Que devint donc Adam après son opération ? Il réfléchit sur le fruit inique qui en était résulté, et il vit qu'il avait [28] opéré la création de sa, propre prison, qui le resserrait plus étroitement, lui et sa postérité, dans des bornes ténébreuses et dans la privation spirituelle divine jusqu'à la fin des siècles. Cette privation n'était autre chose que le changement de forme glorieuse en forme matérielle et passive.» (Traité, 23)

 

Mais en y regardant bien nous constaterons que c’est moins la transformation du corps de gloire en corps d’apparence matérielle qui doit être considérée comme une dégradation, mais plutôt le voile épais que cette matière forme entre la pensée d’Adam et la pensée et la volonté divines ainsi que les bornes que ce voile fixe à l’opération spirituelle divine d’Adam. Ce voile, cette prison, privant Adam de l’étendue de ses pouvoirs, est une véritable mort, mais une mort spirituelle. En effet, cet éloignement et cette privation divine altèrent la volonté pure de l’homme et la rend susceptible de corruption par des pensées mauvaises que l’homme devenu pensif ne peut plus arrêter ; et de ce fait il se trouve maintenant guidé par les choix de son libre-arbitre qui penchera tantôt vers la volonté divine, tantôt vers le mal.

 

Ceci constitue la véritable mort car, assujettissant l’homme à des causes secondes, à des pensées contraires et changeantes, elle l’assujettit l’homme au temps, ses opérations n’étant plus alors que spirituelles temporelles et changeantes. Et cette instabilité, cette variabilité liées au temps, qui détermine un début et une fin, sont bien la source de la mort corporelle qui n’est que le reflet, dans l’espace et le temps ainsi que sur la forme matérielle de l’homme, de la mort spirituelle dont à laquelle i est assujetti depuis sa prévarication. Aussi est-il écrit dans le Traité :

« On ne peut concevoir quelles étaient les peines que ressentait Adam, lorsque après avoir été entièrement libre et sans borne, par sa nature d'être pur, spirituel, pensant, il se trouvait dans une prison de matière et qu'il était assujetti au temps.» (Traité, 127)

 

Voici donc ce qu’il advint de la chair de l’homme après sa prévarication en comparaison avec la forme originelle que cette chair actuelle devra recouvrer après la résurrection.


 

[1] Gen 2, 19-20

[2] Invocation de Maître Elu, Registre Vert des Elus Coens BnF FM4 1282

Par Esh494 - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Doctrine
Mercredi 1 janvier 2014 3 01 /01 /Jan /2014 10:26

ange gardien 4 Affichage Web moyen

 

Nous vous souhaitons une très bonne et sainte année 2014.

Que la grâce de notre Seigneur illumine votre chemin et vous procure paix, amour et sérénité.

Puisse votre gardien être toujours à vos côtés et veiller sur votre corps, votre âme et opérer une jonction continuelle avec votre esprit afin de vous apporter la joie dans l'espérance.

Très bonne année 2014 à vous tous chers lecteurs.

Par Esh494 - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Divers
Mardi 10 décembre 2013 2 10 /12 /Déc /2013 18:17

Sommeil d'AdamNous avons dit que par son souffle le Créateur dota Adam d’une âme qui devait, comme toute âme, l’animer et lui donner vie. Mais de quelle vie parle-t-on ?

 

Comme nous l’avons vu, assurément pas de la vie animale. Mais remarquons que la vie est nécessaire au corps, même au corps de gloire. Ce corps de gloire devait permettre à Adam d’actionner sur toutes les formes de la création. En effet, les formes corporelles étant dépourvues d’esprit ne pouvaient lire dans le mineur et agir suivant sa volonté. Aussi fallait-il que le mineur puisse agir sur elles par un organe de nature semblable à la leur.

 

De plus Adam, bien qu’émancipé, demeurait un être pensant et pouvait par cette faculté lire, avec le consentement de son créateur, dans la pensée divine, ainsi que dans celle du démon. Les esprits inférieurs ayant quant à eux été altérés dans leur puissance,  soit par leur prévarication directe à la suite de leur chef démoniaque, soit par leur émancipation dans le monde consécutive à la prévarication des esprits déchus, ne pouvaient jouir plus longtemps d’une communication directe avec l’esprit mineur ou Adam qui leur était devenu supérieur, mais seulement par l’intellect qui leur servait d’organe. Cet intellect agissant ou faisant impression sur les sens spirituels d’Adam communiquait alors au mineur quaternaire leur volonté. C’est donc bien par l’organe de son âme et des sens spirituels qui en sont comme les portes, qu’Adam pouvait ainsi communiquer et recevoir impression, tant qu’il l’autorisait, des esprits qui lui étaient inférieurs et agir de même avec ou contre ces mêmes esprits. Voici donc quelle était l’âme d’Adam et la sorte de sens spirituels dont elle était dotée et dont les sens matériels de l’homme déchu ne sont que l’image dégradée.

Dans une instruction au temple de Lyon, en date du 18 septembre 1776, Jean-Baptiste Willermoz fait allusion à ces mêmes sens spirituels en ces termes :

« L'homme établi par le Créateur Homme Dieu de la terre occupait le centre de la Création universelle d'où il exerçait sa puissance. Du centre céleste il fut précipité dans le centre terrestre et vint ensuite ramper sur sa surface, son corps glorieux fut transmué en un corps matériel qui devint sa prison et obstrua pour ainsi dire tous ses organes spirituels dont les sens matériels sont l'image. »[1]

 

Martinès parlant d’Abel, premier réconciliateur de la postérité d’Adam et premier type du Christ, évoque lesdits sens spirituels dans le Traité par ces quelques mots :

« Il [Adam] nomma cet enfant Aba 4, qui veut dire : enfant de paix, ou Abel 10, qui veut dire : un être élevé au-dessus de tout sens spirituel. » (Traité, 55)

 

Pourquoi devons-nous nous demander, Martinès qualifie-t-il Abel « d’être élevé au-dessus de tout sens spirituel » ? En effet, si nous considérons que ce sont ces mêmes sens qui donnèrent la vie spirituelle à Adam - ce qui est retracé au grade d’apprenti symbolique par le dévoilage progressif du candidat au centre des six circonférences alors qu’il reçoit progressivement l’usage de ses vertus et puissances corporelles et sensibles qui le sortent de l’aveuglement spirituel lié à son émancipation, cécité qu’il représente en tenant ses poings fermés sur les yeux – comment un être créé peut-il alors s’élever au-dessus de cette vie spirituelle ?

 

La réponse nous est donnée par Martinès qui considère Abel comme un type du Christ ayant donc reçu l’Esprit du Christ, c’est à dire Hely, et portant donc le nombre divin 10. Il était donc pleinement participant des pensées du Père dont Hély est l’expression même.

« Abel était encore un type bien frappant de la manifestation de gloire divine, qui s'opérerait un jour par le vrai Adam, ou Réaux, ou le Christ, pour la réconciliation parfaite de la postérité passée, présente et future de ce premier homme » (Traité, 57)

 

Cette parenthèse fermée, il nous faut enfin considérer que si ces sens spirituels furent le vecteur de la vie spirituelle d’Adam ils furent aussi le vecteur de sa mort spirituelle car c’est par ces mêmes sens qu’Adam put recevoir impression de la volonté du Tentateur.

 

En effet, si l’homme déchu dans le monde d’apparence matérielle est actuellement exposé à l’action des esprits démoniaques qui actionnent sur son corps et ses sens, nous ne pouvons douter qu’Adam puisse avoir été la proie de Satan par le moyen de ces mêmes sens, c'est-à-dire de son âme. Et que pour faire impression sur cette âme et la tromper, c'est-à-dire l’écarter des intellects bons et de la pensée du Créateur, Satan dut user de toute sa ruse et des moyens qui étaient en sa possession. C’est ce qui nous est relaté dans le Traité quand Martinès nous enseigne que :

« Dès qu'il [Adam] eut conçu cette pensée [de lire dans la pensée de son créateur sans autorisation, et donc de la violer], un des principaux esprits pervers, que nous nommons mauvais démons, apparut à lui sous la plus belle forme apparente de corps de gloire. » (Traité,12)

 

Le démon quant à lui, affaibli dans ses puissances spirituelles par sa prévarication, et dont l’action était maintenant contenue dans les bornes de la création, ne pouvait plus quant à lui rentrer en communication directe avec tout être spirituel, et donc avec le mineur quaternaire d’Adam, mais seulement en faisant impression sur ces mêmes êtres spirituels. Ne pouvant donc plus actionner directement sur le mineur, il fallait qu’il trouve un réceptacle qui puisse aussi être l’organe de sa pensée et de sa volonté malignes et sur lequel il puisse donc faire impression. Et cet organe est l’âme du mineur. Ceci nous est confirmé par Martinès qui écrit :

« L'âme mineure est l'organe de l'intellect ; l'intellect est l'organe de l'esprit majeur, et l'esprit majeur est l'organe du Créateur divin. » (Traité, 64)

 

C’est donc bien  par cette âme qu’Adam put recevoir impression de la volonté ou intellect démoniaque autant qu’il la laissa s’insinuer en lui, ce qui fut l’origine de sa prévarication. Cette âme ainsi impressionnée influença alors le libre arbitre d’Adam et vint troubler la lecture de l’esprit et affecter la volonté et l’action du mineur quaternaire. C’est ainsi qu’Adam, bien que conservant toutes ses facultés d’être pensant, devint pensif par sa sujétion à l’action de l’intellect démoniaque, ce que nous apprend Martinès en ces termes :

« C'est en se rendant susceptible de la communication de ces sortes d'intellects bons ou mauvais que le premier homme a dégénéré de sa faculté d'être pensant. Lorsque Adam était dans son premier état de gloire, il n'avait pas besoin de la communication de bons ni de mauvais intellects pour connaître la pensée du Créateur et celle du prince des démons. Il lisait également dans l'une et dans l'autre, étant entièrement pensant. Mais lorsqu'il fut laissé seul à ses propres vertus, puissance et volonté libre, il se rendit, par son orgueil, susceptible de communication ou bonne ou mauvaise, et devint par là ce que nous nommons pensif. » (Traité,29)

 

Pour arriver à faire impression sur l’âme d’Adam, sans que celui-ci n’ait pu déceler au préalable l’intention maligne de la pensée mauvaise du démon, Adam dut certainement subir quelque choc altérant ses facultés spirituelles. Martinès fait mention d’un trouble s’emparant d’Adam qui, laissé à sa propre réflexion après son émancipation et considérant l’immense puissance dont il était maintenant maître, conçut de s’émanciper encore d’avantage en lisant seul, sans autorisation, dans la pensée du Créateur et ainsi violant cette pensée afin de pénétrer intégralement les mystères divins. Ainsi le Traité nous enseigne :

« Adam, étant livré à son libre arbitre, réfléchit sur sa grande puissance manifestée par ses trois premières opérations [sur toute la création et les êtres y contenus].Il envisagea son travail comme étant presque aussi grand que celui du Créateur ; mais ne pouvant de son chef approfondir parfaitement ses trois premières opérations ni celles du Créateur, le trouble commença à s'emparer de lui au milieu de ses réflexions sur la toute-puissance divine, dans laquelle il ne pouvait lire qu'avec le consentement du Créateur, selon qu'il lui avait été enseigné par les ordres que le Créateur lui avait donnés lui-même d'exercer ses pouvoirs sur tout ce qui était à sa domination, avant de le laisser libre de ses volontés. » (Traité, 12)

 

Le trouble s’étant ainsi installé dans Adam et ayant altéré son acuité et ses sens spirituels, le chef des démons en profita alors pour insinuer dans Adam son esprit mauvais afin de faire tomber Adam en tentation et l’amener à la prévarication. Martinès écrit alors :

« Les réflexions d'Adam, ainsi que la pensée qu'il avait eue de lire dans la puissance divine, ne tardèrent pas d'un instant d'être connues des premiers esprits pervers que nous nommons mauvais démons, puisque dès qu'il eut conçu cette pensée, un des principaux esprits pervers apparut à lui sous la forme apparente de corps de gloire, et s'étant approché d'Adam, il lui dit : "Que désires-tu connaître de plus du tout-puissant Créateur ? Ne t'a-t-il pas égalé à lui par la vertu et la toute-puissance qu'il a mises en toi ? Agis selon ta volonté innée en toi, et opère en qualité d'être libre, soit sur la Divinité, soit sur toute la création universelle qui est soumise à ton commandement. Tu te convaincras pour lors que ta toute-puissance ne diffère en rien de celle du Créateur. Tu apprendras à connaître que tu es non seulement créateur de puissance particulière, mais encore créateur de puissance universelle ainsi qu'il t'a été dit qu'il devait naître de toi une postérité de Dieu. C'est du Créateur que je tiens toutes ces choses, et c'est par lui et en son nom que je te parle." A ce discours de l'esprit démoniaque, Adam resta comme dans l'inaction, et sentit naître en lui un trouble violent, d'où il tomba dans l'extase. » (Traité, 12-13)

 

Il est significatif que, pour arriver à ses fins, Satan attendit que l’âme d’Adam fût troublée et que celle-ci put alors dans cet état de faiblesse être l’objet d’une influence forte opérée par le chef des démons. Cette influence est présentée comme une apparition de Satan sous une forme de corps glorieux qui mit Adam dans un état d’extase. Il est important de reconnaître que si l’âme d’Adam n’avait pas été préalablement troublée, jamais Adam ne serait tombé en extase à la vue d’un corps glorieux qui ne pouvait de toute évidence être qu’une supercherie étant donné que les corps glorieux ne devaient tirer leur existence que de la coproduction d’Adam avec l’Eternel d’une postérité glorieuse, ainsi qu’il lui avait été promis par le Créateur. Mais les sens spirituels d’Adam ayant été affectés, Adam se laissa alors impressionner et abuser de sorte que l’esprit démoniaque put faire impression sur son âme sans défense alors même qu’il aurait dû lire directement l’intention de tromperie dans l’esprit du prince des ténèbres.

 

 Les Saintes Ecritures nous présentent cet épisode d’une façon bien différente, voilant aux yeux de la multitude le sens profond qu’elles véhiculent. Ainsi est-il écrit dans le livre de la Genèse :

« Le Seigneur Dieu dit aussi : “Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; faisons-lui une aide semblable à lui“. Le Seigneur Dieu ayant donc formé de la terre tous les animaux terrestres, et tous les oiseaux du ciel, il les amena devant Adam, afin qu’il vît comment il les appellerait. Et le nom qu’Adam donna à chacun des animaux est son nom véritable. Adam appela donc tous les animaux d’un nom qui leur était propre, tant les oiseaux du ciel que les bêtes de la terre. Mais il ne se trouvait point d’aide pour Adam, qui lui fût semblable. » (Gen. 2, 18-20)

 

Martinès se réfère au récit biblique en évoquant, comme nous l’avons mentionné, les trois opérations qu’effectua Adam à la demande de son créateur, opérations sur le particulier, le général et l’universel qui permirent à Adam de recevoir la loi, le précepte et le commandement. Car le fait de donner un nom permet de définir et le rôle et la nature des choses donc leurs lois et préceptes. Et ce nom donné permet aussi de commander à toute créature. Mais à la fin du récit biblique il est aussi mentionné qu’Adam ne trouve pas d’aide qui lui soit semblable. Ainsi, l’Ecriture nous enseigne que la puissance d’Adam se limitait à tout être créé dont il pouvait disposer mais que cette puissance ne lui donnait aucun pouvoir de création d’être spirituel ou humain ou de génération de forme glorieuse. Ainsi Adam constata-t-il que ses pouvoirs étaient bornés alors même que ceux du Créateur ne l’étaient point. Et qu’en particulier l’extension de ses pouvoirs ne pouvait s’opérer qu’avec le consentement de l’Eternel. D’où, selon Martinès, le trouble qui envahit Adam.

 

Le récit de la Genèse se poursuit ainsi :

« Le Seigneur Dieu envoya donc à Adam un profond sommeil ; et lorsqu’il était endormi, il tira une de ses côtes, et mit de la chair à la place. Et le Seigneur Dieu forma la femme de la côte qu’il avait tirée d’Adam, et l’amena à Adam. Alors Adam dit : Voilà maintenant l’os de mes os, et la chair de ma chair. Celle-ci s’appellera d’un nom qui marque l’homme, parce qu’elle a été prise de l’homme. (Gen. 2, 21-23)

 

Mais pouvons-nous maintenant assimiler ce sommeil au trouble mentionné par Martinès ?

 

L’exégèse des Pères de l’Eglise est bien différente, considérant dans ce sommeil et la formation d’Eve, la préfiguration du sommeil du Christ sur la croix et la résurrection de la chair, formée par Dieu sur l’os, ainsi que la naissance de l’Eglise auprès du Christ. Eve est donc bien cette chair d’Adam qui porte en elle la sensibilité, l’imaginaire, l’intuition spirituelle, la vision de l’intérieur donc les sens spirituels c’est à dire les facultés supérieures de l’âme. Mais Eve est aussi l’image de la faculté créatrice d’Adam, de son potentiel de génération de postérité humaine et donc de corps glorieux, tel qu’il avait été voulu par le Créateur quand il disait qu’il n’était pas bon que l’homme soit seul.

 

Martinès ne développe pas la création d’Eve[2] mais exprime cependant clairement que c’est par le trouble de l’âme que Satan put faire impression sur Adam de même que c’est dans le sommeil qu’Eve fut créée et que c’est par Eve que le serpent vint tenter et faire chuter Adam dans le récit de la Genèse. Et Saint Paul de nous apprendre que « Satan même se transforme en ange de lumière »[3]  fait ainsi le lien entre le récit biblique et celui du Traité.

 

Aussi à bien y regarder, nous pouvons déceler quelques correspondances certaines entre le trouble et l’extase mentionnés par Martinès et le sommeil biblique d’Adam.

 

Ce qui pourrait paraître pour une disgression nous permet seulement de bien considérer qu’Adam émancipé était formé d’un corps et d’une âme dans lesquels vivait l’esprit, ou mineur quaternaire, et qui constituaient sa véritable nature humaine et non pas simplement spirituelle. Que cette nature en faisait sa vraie grandeur et le plaçait au-dessus de tous les esprits de la création sur lesquels il avait pouvoir de commandement, ce qui nous est figuré dans les Ecritures par le pouvoir qu’il avait de nommer tous les oiseaux du ciel. Que c’est par ce corps et cette âme qu’Adam exprimait ainsi toute sa puissance mais aussi sa vulnérabilité à l’attaque des esprits malins. Et que si Adam jouissait de tous les pouvoirs liés à son émancipation par l’effet de ce corps et de cette âme, il est fondamental pour recouvrer cette gloire passée que l’homme, héritier et descendant d’Adam, puisse jouir après la mort et par la résurrection de son âme et de son corps ressuscités qui restaureront sa grandeur originelle.

 

[1] Robert Amadou, Les Leçons de Lyon aux Elus Coens – Editions Dervy – 1999

[2] Il ne faut pas confondre la création d’Houva relatée dans le traité avec la création d’Eve. Houva est le résultat de la prévarication d’Adam et non pas l’organe de cette prévarication.

[3] 2Co. 11, 14

Par Esh494 - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Publié dans : Doctrine

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